Gens qui se baladent

jeudi 3 décembre 2015

STYGMATA -ttendra encore



Deux sorties ces derniers temps qui n’ont pas manqué de retenir mon attention, et pour lesquelles finalement je n’ai pas investi, et n’investirai pas.



La raison n’en est point des finances quelques peu en deuil en cette fin d’année (ce genre d’argument ne m’a jamais arrêté) mais plutôt une réflexion objective sur le contenu de ces produits.



Je vous parlerai aujourd’hui du premier : STYGMATA.





Rien à voir avec un film des années 2000 avec PatriciaArquette et Gabriel Byrne, mais bien avec un univers connu des joueurs, celui d’EDEN.


Stygmata est un jeu de rôle dans l’univers d’Eden et à cette annonce mes yeux se sont grand ouverts, ils se sont mis à briller et de la bave a commencé à couler sur mon bureau.



Eden, rappelons-le, c’est un univers post apo haut en couleur, avec ses gangs de l’Est aux allures de clowns sadiques, son matriarcat digne des Sekekers de Bloodlust, ses survivants à la Mad Max formant des convois à la recherche d’eau potable, ou encore ses tribus primitives mutantes pour ne citer qu’une partie des figurants.

 Je m’attendais donc à trouver là un savant mélange de Bitume (seul JDR réellement post apo à la Mad Max), de Bloodlust pour le coté violent et barbare, avec un soupçon de Niourk pour le décor.




Mais ce JDR très prometteur, lancé via Kickstarter, ne s’adressait manifestement pas à moi.



Je ne pense pas que l’univers ait été remis en question, et la vision que j’en ai, description que je viens d’en faire, me semble assez proche et fait un merveilleux cadre pour un JDR. Non, c’est du côté de l’approche qui a été faite via le KS que je me suis senti mal à l’aise / pas en adéquation avec ce projet.



 Le jeu se présente sous forme de « starter set », ce qui permet aux débutants de mieux appréhender ce qu’est un jeu de rôle et de les amener du support physique concret des aides de jeu vers le vrai JDR (vous savez, quand on vous dit que tout ce dont vous avez besoin c’est un crayon, une gomme, une feuille, quelques dés et votre imagination).



Ce qui me gêne c’est dans un premier temps le contenu du sarter set. Voyons cela plus en détail :

-          Livre de règles de 32 pages

-          Livre d’aventure de 32 pages

-          4 personnages pré tirés

-          72 cartes actions

-          24 cartes d’équipement et de talent

-          39 jetons d’état

-          4 pions personnages

-          15 dés.



Ça ressemble en gros au starter du nouveau JDR Star Wars, et ce type de système a un peu le cul entre deux chaises à mon sens.


D’un côté on cherche à faire passer en premier lieu les fans de l’univers d’un style de jeu (jeu d’escarmouche avec figurine) vers un autre (jeu de rôle), de l’autre on les abreuve de matériel inutile qui leur rappelle leur premier style de jeu sans en fournir les mêmes sensations (comme le remplacement des figurines par des pions en carton).



Alors en regardant les stretch goals c’est de pire en pire.






Parce que du coup les premiers paliers débloqués, et de très nombreux paliers suivants, n’ont trait qu’aux figurines des joueurs ou de leurs ennemis !



Je résume : on veut amener les joueurs de l’univers d’Eden (parce qu’en 32 pages de règles et 32 pages de campagne, je ne vois pas où est décrit le background pour le néophyte) vers un nouveau style de jeu, différent de celui auquel ils sont habitués. L’ouverture vers le jeu de rôle, c’est la possibilité de continuer les aventures cadrées dans un monde qui nous plaît vers des possibilités infinies.





Et pour faciliter cela, au lieu de privilégier l’immersion et l’imaginaire, on renforce le côté matériel et figurinistique du JDR – Est-ce pour ne pas déstabiliser les joueurs ?



Le jeu de rôle ce n’est pas un truc où l’important est d’avoir sa figurine WYSIWYG à son personnage !

La majeure partie des SG est constituée de figurines de personnages pré tirés ou de pièces alternatives pour ces derniers. Quand ce n’est pas cela, ce sont des jetons cartons pour représenter les ennemis, des maps de terrain pour faire les combats (avec les figurines et/ou jetons en carton) et des cartes de profil pour transposer lesdites figurines dans la version escarmouche avec figurine (jeu Eden).



Seuls trois SG ont un intérêt à mes yeux de rôliste dans cette historie, l’écran du Maître de jeu,  le livre de Background et le bestiaire de 32 pages chacun (qui devraient à mon sens être inclus dans la boîte de base, mais bon…).


La belle époque des boîtes avec leur trois livrets

Les jeux de rôles des années 80-90

Haaaaa.... nostalgie...



Bref, ce que je n’aime pas, c’est cette transformation du JDR en sorte de jeu de plateau / jeu de figurines, qui ne fait que brider l’imagination et l’essence même du JDR.

Ca me rappelle avec horreur la V4 de Donjons&Dragons, dont le manuel du joueur ressemblait à un manuel de MMORPG sans une seule ligne pour expliquer ce qu’est le jeu de rôle. Il ne s’agissait que de supers pouvoirs à activer à X cases de son adversaire sur une map quadrillée.


De la mauvaise influence des jeux vidéos sur le JDR



Alors vous penserez peut être que je suis de mauvaise foi ou que j’ai bien retourné ma veste, ayant fait sur ce même blog les éloges de la dernière version de Warhammer JDR, où côté matériel ca débordait de toute part.



Certes l’abondance de matériel de cette version de Warhammer était étouffante, mais ce dernier était en grande partie dispensable et servait de rappel rapide, constituant la fiche de personnage elle-même.

Il en est alors peut être de même pour STYGMATA, peut être tout ce matériel, ces figurines, tout cela est-il peut être dispensable et que le système tourne comme une horloge sans réel support physique. Oui, peut-être, mais à trop avoir orienté les SG vers de la figurine, j’en déduis que soit les créateurs ne savent faire que ça au détriment du système et du background, soit les figurines et les plateaux de jeu ont toute leur importance dans le système et dans ce cas ce n’est pas le style de jeu de rôle qui m’est destiné.

Bizarement l'artwork de Stygmata m'inspire autant que celui de Zone, pourtant Eden n'est pas sans ressource coté illustrations
  

Si le jeu sort un jour sous forme de gros livre contenant de vraies règles de JDR, le background et le bestiaire, je pense que je ferai l’investissement.

En attendant, je vais attendre de voir vers quoi le jeu va évoluer (si toutefois il ne s’arrête pas à ce simple KS et quelques profils disparates de temps à autres) et les éventuels retours de rôlistes, pas ceux des seuls joueurs de jeux de figurines.


Si vous êtes sages, la prochaine fois je vous parle de mon second non-investissement : "Betrayl at Calth" du Toucan plaqué or. 

NB : En revanche, je me suis permis de formuler les mêmes réflexions auprès de HFG qui produit ce KS, et j'ai pu échanger sur ces points avec l'un des créateurs (celui d'Eden en tout cas), qui était très attentif à ma vision des attentes que pouvait avoir la communauté rôlistique (que je n'ai bien évidemment pas la prétention de repésenter) en la matière.

3 commentaires:

  1. C'est clair que le produit n'est pas un JDR pur. C'est un kit d'initiation à la star wars et il vise les joueurs d'eden car les figurines sont réutilisables. L'utilisation des figs ou non dans un JDR, moi je trouve ca un plus. Mon frere jouait a des JDR il y a 25 ans et il avait deja des figurines. C'est pas vraiment quelque chose d'incongru.

    Je ne suis pas joueur de jeux de roles mais je comprends le point du roliste devant ce produit, qui n'est pas un jeu de role complet.
    Moi j'aimerais bien essayer un jeu de role, mais je ne me vois pas passer plein de temps poru faire le MJ et créer des histoires et dans l'ideal de ce qui me plairait dans un jeu de role, ce sont effectivement des persos pre tiré, des maps et des aventures deja ecrites qui permettrait de guider fortement le maitre du jeu.

    C'est donc dans ce genre de kit d'initiation que mon interet se porte mais au dela de l'initiation, ce qui m'interesserait se sont des packs d'aventures avec plus des campagnes scenarions , du fluff , des bestiaires et des token pour les mettres sur des maps. Voila mon ideal du jeu de role en tant que neophyte. Réutiliser les figs d'eden existantes, plutot que les tokens n'est plus dispensable mais bien vu.

    finalement, je verrais un format de boite a la descent mais au lieu detre dans du dungeon crawling on serait dans du jeu de role.

    Les aventures pourrait contenir des scenrios et des quetes secondaires dans lequel le MJ pourrait piocher. Evidemment, le systeme lui permettrait d etre totalement libre s'il veut sortir de ce cadre.

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    1. Je comprends tout à fait ton point de vue, qui en fait n'est pas très éloigné du mien. Ce n'est pas à proprement parler la présence des figurines et leur utilisation qui me gêne, c'est le fait que les SG et la matériel soit vraiment centrés sur elles et non sur du matériel de JDR à proprement parler. J'y vois une bride renforcée du roleplay cantonné à l'interprétation d'un support physique imposé.
      Faire du JDR sans figs, ce n'est pas tout créer ex nihilo. Les suppléments des JDR ont généralement vocation à détailler sous toutes ses coutures divers lieux, personnages emblématiques, etc... et fournissent également des scénarios très détaillés qui encadrent la partie tout en laissant un maximum de liberté aux joueurs.
      Les persos pré tirés, c'est bien pour un one shot, cad une partie comme ça un soir, ou dans un cadre très précis, mais le plaisir du joueur de JDR c'est surtout de créer son propre personnage et de la faire évoluer. Le perso pré tiré c'est comme la liste faite à l'avance et immuable pour une partie d'un jeu de figurines, ça peut être sympa une fois mais ça enlève tout le plaisir de la concoction personnelle. Or dans le JDR, le principe étant de faire vivre des aventures différentes et faire évoluer son personnage joueur, il y a peu d’intérêt à se mettre dans la peau d'un archétype impersonnel quant l'essence même du jeu est de créer de toute pièce ce personnage.

      J'ai testé le JDR sur mon fils de 8 ans il y a peu. Il est pas du tout jeux de société et autres, alors on a joué dans son univers préféré, le monde de Mario Bros, et lui et sa mère interprétait un personnage de ce monde pour lesquels j'avais fait une petite fiche de perso très basique. Pas de jeton, pas de fig, pas de scénar préparé à l'avance, juste de l'impro en lui faisant vivre une aventure dans un monde qu'il adore en lui laissant le plus de liberté possible. Alors qu'il rechignait au départ, il a adoré et s'est très vite pris au jeu.
      Comme quoi pour commencer, le matériel n'est pas le plus important. Et encore moins la customisation de figurines d'archétypes imposés.

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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